LA PÉNURIE DE MAIN D'OEUVRE PEUT-ELLE PROFITER AUX SÉNIORS ?

En manque de main d’œuvre qualifiée, les employeurs seraient en train de changer leur regard sur les salariés seniors et les retraités actifs, comme l'explique Jean-Emmanuel Roux, fondateur de la plateforme TeePy Job.

Le rapport Bellon*, remis au gouvernement le 14 janvier dernier, replace le sujet au centre du débat. Car « malgré son redressement récent, le taux d’emploi des 55 à 64 ans en France demeure faible en comparaison internationale : 52,1 % en 2018, contre 58,7 % pour l’ensemble de l’Union européenne et 61,4 % pour les pays de l’OCDE », précise le document.

« On a longtemps considéré que, passé 50 ans, les gens n'étaient plus aptes à travailler. Mais les mentalités sont en train de changer », assure Jean-Emmanuel Roux, fondateur de TeePy Job.

Destiné aux seniors et aux retraités actifs, ce site de recrutement créé en 2018 compte déjà 12 000 inscrits « âgés de 50 à 75 ans », dont 90 % de retraités.

Il vient de lever des fonds et voit grand, tablant sur 300 000 candidats d'ici à la fin 2021. « Notre objectif est ambitieux, mais pas inatteignable », considère le fondateur, qui mise beaucoup sur les derniers contingents de baby-boomers.



2 000 recruteurs inscrits

« L'idée de départ était d'aider les artisans, les commerçants et autres petits patrons à embaucher de la main d’œuvre qualifiée pour pallier les absences ponctuelles, raconte-t-il. Mais plus personne n'échappe à la pénurie de compétences, pas même les grandes entreprises. » De fait, la plate-forme revendique à ce jour 2 000 recruteurs utilisateurs.

Les secteurs les plus touchés ? L'hôtellerie-restauration, les métiers de bouche, les transports (conducteurs de bus, chauffeurs...), le secteur santé-social (aide et soins aux personnes âgées) et le BTP (électriciens, plombiers, conducteurs d'engins).

« Jusqu'à présent, les recruteurs venaient chez nous en dernier recours, reprend-il. Certains commencent à venir directement sur notre plateforme pour trouver des personnes expérimentées, qui ont envie de travailler, savent former des jeunes et capables de s'intégrer facilement ».


Complément de revenu et lien social

Les motivations de ces retraités actifs sont multiples. Selon Jean-Emmanuel Roux, 70 % de ceux inscrits sur le site cherchent un complément de revenu.  Près de la moitié (45 %) sont franciliens, coût de la vie oblige, et autant sont des femmes.

20 % veulent surtout garder un lien social. « Nous avons des cadres supérieurs de l'industrie du pétrole ou pharmaceutique, des chirurgiens, des anesthésistes... », illustre-t-il. Enfin, 10 % ont envie de transmettre leurs compétences.

La plate-forme et son application mobile, « fonctionnent comme un site de rencontre ». L'employeur y publie son annonce gratuitement. Un algorithme recherche alors les profils correspondant au métier, ou susceptibles de convenir dans la famille de métiers ad hoc, dans un rayon de 50 kilomètres (les recherches directes dans la candidathèque sont également possibles).

L'offre est ensuite diffusée aux candidats sélectionnés, dont les profils sont suggérés au recruteur. Celui-ci doit payer en ligne pour rentrer en contact avec ceux qui l'intéressent : 15 euros pour un candidat, 50 euros le « pack » de cinq. « Auparavant, nous faisions payer l'annonce, mais nous avons entendu la frustration de nos clients lorsqu'aucune candidature ne convenait » souligne Jean-Emmanuel Roux. 


"Rémunérer les retraités actifs"

TeePy Job est aujourd'hui en contact avec la fédération des EHPAD, la CARSAT Nouvelle-Aquitaine et AG2R La Mondiale pour mener une réflexion sur un recours rémunéré aux retraités actifs pour suppléer le personnel de ces établissements et la population des aidants.

« Nous sommes également en discussion avec Pôle Emploi, qui compte plus de 900 000 demandeurs d'emploi de plus de 55 ans, ajoute-t-il. Beaucoup de petites entreprises ont, par exemple, besoin d'un comptable ou d'une secrétaire quelques jours par semaine. Des temps partiels ou des CDD qui peuvent ramener certains seniors éloignés de l'emploi vers l'entreprise. Avec, pourquoi pas, un CDI à la clé. »

Hélène Truffaut

*Le rapport « Favoriser l’emploi des travailleurs expérimentés » propose, entre autres, de rééquilibrer l’effort de formation continue pour soutenir les transitions vers des « secondes carrières », de mieux organiser la pluriactivité et les formes d'emploi permettant le maintien dans l'activité, d'élargir et et de faciliter l’accès à la retraite progressive, d'ouvrir et rendre plus attractif le recours au cumul emploi-retraite.

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